Alain Ricard, enseignant/chercheur
spécialiste des littératures africaines, présente ses coups de cœur personnels.
Les lecteurs de BIBLIO proposent leurs
comptes rendus de lecture sur les contes traditionnels burkinabé, Nazi Boni,
Norbert Zongo, Valère Somé, Monique Ilboudo, Sayouba Traoré, un livre de
cuisine, un récit de voyage, un livre d’histoire, ainsi qu’un débat sur
l’ancien président du Burkina Faso Thomas Sankara.
Portrait de Moussa Koné, griot et
musicien burkinabé.
Entretien avec le cinéaste burkinabé
Dragoss Ouedraogo.
Portrait du cinéaste français Nicolas
Guibert, co-réalisateur d’un documentaire tourné au Burkina Faso.
« Galerie de mots et d’images »
Cécile Brun lance un appel au voyage
tout en réfléchissant à la déshumanisation de l’existence dans sa BD Embarquement…
Marie Fédou vous propose un texte
original sur La migraine…
Nikol, sélectionné parmi les jeunes
talents du festival d’Angoulême 2008, parodie les codes des séries policières
américaines dans sa BD Les Experts…
« Lectures et palabres »
Première partie du compte rendu de nos
entretiens avec l’écrivain français d’origine grecque Allain Glykos (à
compléter dans le n°31).
« Lectures et découvertes »
En (re)lisant Philip Meadows Taylor,
Allain Glykos et Pierre Bourdieu.
Cinéaste, critique de cinéma, membre de l’association Cinéma Africain Promotion (qui organise régulièrement des ciné-palabres à la Bibliothèque Mériadeck de Bordeaux), Dragoss Ouedraogo enseigne au département d’anthropologie de l’université Bordeaux 2. Il est l’auteur de nombreux films dont, entre autres, Den baya (L’amour maternel, 1992), Tlé Wili (Soleil levant, 1998) et Martyrs oubliés, tirailleurs en campagne (2006).
Julien Verger : «Quelques mots sur ton parcours ?»
Dragoss Ouedraogo : «Avant mes études, je m’intéressais déjà beaucoup aux arts, comme la musique ou la danse. J’ai largement été influencé par l’ambiance artistique qui régnait à Bolomakote, le quartier de Bobo-Dioulasso où j’ai grandi. A l’époque, je fréquentais souvent le centre culturel français, au point d’être associé à l’équipe du ciné-club, notamment lors du visionnage des films avant leur diffusion. J’ai ainsi pu voir de nombreux films, ceux de Fernandel comme ceux de Truffaut, mais je n’avais pas encore pour projet de travailler dans le cinéma. Après le bac, j’avais la possibilité de partir étudier le cinéma en Bulgarie, mais j’ai préféré partir étudier en France, pour des raisons personnelles. J’avais une démarche pluridisciplinaire, m’intéressant à l’audiovisuel, au journalisme, ainsi qu’à l’anthropologie, vers 1975. A partir des années 1980, j’ai éprouvé le besoin urgent de pratiquer les arts de manière plus intense - la musique, la danse, les contes, le cinéma. C’est ainsi que j’ai fait cohabiter mon parcours universitaire et ma pratique artistique. Après avoir été assistant réalisateur, j’ai réalisé mon premier film en 1992.»
J.V.: «Te définirais-tu davantage comme enseignant-chercheur ou comme artiste ?»
D.O.: «Je n’ai jamais tranché cette question, ou plutôt je dirais que je m’investis dans ces deux activités de façon très complémentaire, en établissant une passerelle en permanence. Mon travail universitaire me permet de prendre de la distance par rapport à ma pratique artistique, et à l’inverse celle-ci nourrit ma réflexion de chercheur.»
J.V.: «Y a-t-il un cinéaste qui t’a particulièrement influencé ?»
D.O.: «J’admire beaucoup Ousmane Sembène (NDLR : écrivain et cinéaste sénégalais, 1923-2007), auquel Cinéma Africain Promotion consacre un cycle en ce moment à la Bibliothèque Mériadeck. C’est un cinéma d’engagement, qui rend compte des conditions sociales, politiques et économiques, et c’est un cinéma anthropologique où le réalisateur montre les gens dans leur quotidien. Il est sûr que l’oeuvre de Sembène a influencé plusieurs aspects de mon travail.»
J.V.: «Comment conçois-tu ton travail de cinéaste ?»
D.O.: «L’essentiel réside à mon avis dans le travail de préparation, dans tout ce qui précède le tournage lui-même. Le tournage est avant tout un geste technique, un acte de réalisation venant concrétiser un travail en amont. L’immersion dans l’univers du film, dans les lieux où il va être tourné, est un moment très important pour moi. Ceci dit, le tournage peut réserver des moments magiques, d’une grande intensité émotionnelle et humaine.»
J.V.: «Tournes-tu uniquement au Burkina Faso ?»
D.O.: «Non, un peu partout, pas seulement au Burkina, dans d’autres pays africains mais aussi en Europe ou ailleurs, cela dépend des projets.»
J.V.: «Dans quel contexte as-tu réalisé Tlé Wili (Soleil levant) (cliquez sur la vidéo ci-dessus) ?»
D.O.: «J’ai réalisé ce documentaire dans la semi-clandestinité, juste après l’assassinat de Norbert Zongo, le 13 décembre 1998. J’ai recueilli les témoignages de plusieurs personnes concernées par l’affaire. Mon but était de dénoncer ce crime politique et de poser plus largement la question de l’impunité de ce type de crime.»
J.V.: «Quel statut avait Norbert Zongo à l’époque ?»
D.O.: «Norbert Zongo était un écrivain ainsi qu’un journaliste d’investigation, ce qui est plutôt rare en Afrique. Il avait fondé son propre journal, L’indépendant, dans lequel il dénonçait régulièrement les malversations du pouvoir, notamment des affaires de détournement des fonds publics. Il a été assassiné par le clan présidentiel après avoir découvert des éléments accablants sur le frère du président Compaoré. Monique Ilboudo était ministre des droits de l’homme à l’époque, mais c’est surtout la société civile qui a réagi à l’assassinat de Zongo. La prise de conscience a été générale. D’impressionnantes manifestations réunissant entre 80.000 et 100.000 personnes ont eu lieu, notamment dans le sillage de «Trop c’est trop», collectif au nom éloquent créé à cette occasion. La société burkinabé était véritablement en ébullition.»
J.V.: «Ton film a-t-il été diffusé au Burkina Faso ?»
D.O.: «Oui, notamment grâce au soutien du réseau associatif et du centre culturel français de Ouagadougou. Il y a même été diffusé à la fac.»
J.V.: «Le cinéma est-il populaire au Burkina Faso ?»
D.O.: «Très populaire. Il est bien diffusé, même s’il faut souligner que certaines salles ont fermé ces dernières années et que d’autres sont en mauvais état par manque d’entretien et surtout à cause du désengagement des pouvoirs publics. Les gens ont accès à toutes sortes de film, y compris les films américains à succès ou les productions indiennes de Bollywood, très appréciées. On a une image de cette réalité dans certaines scènes du film Tamani. D’autre part, il existe au Burkina Faso un grand festival de cinéma, le Fespaco (Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou), fondé en 1969 par un groupe de cinéphiles, dont Ousmane Sembène d’ailleurs. C’est l’équivalent du festival de Cannes pour l’Afrique. Il a lieu tous les deux ans et contribue grandement à l’exposition du cinéma africain, tous pays confondus.»
J.V.: «Quelle est la situation de la production cinématographique au Burkina Faso ?»
D.O.: «La production, surtout vidéo, y est relativement importante au vu de la population. Dans les années 1960-70, dans un contexte de nationalisation, des aides à la production permirent la réalisation de plusieurs projets. Ce phénomène a continué par la suite, mais récemment la donne a changé : les politiques de libéralisation économique marquent le désengagement de l’Etat et fragilisent l’activité, surtout à partir des années 1990. Parmi les réalisateurs burkinabé actuels ou récents, on peut notamment citer Idrissa Ouedraogo (prix spécial du jury à Cannes avec le film Tilaï en 1990), Issiaka Konaté (Yirikan - La voix du bois), mais aussi de nombreux autres noms (NDLR : dont on aura un aperçu en lisant la page Wikipédia du Fespaco).»
J.V.: «En quelles langues sont réalisés les films en Afrique de l’Ouest ?»
D.O.: «Il y a plusieurs cas de figure. Tout d’abord, les films circulent beaucoup plus et peuvent toucher un plus grand public, notamment si l’on parle de l’Afrique de l’Ouest. De nombreux films sont en bambara, langue en usage dans plusieurs pays, sans sous-titres. D’autres langues peuvent être employées. Il arrive aussi qu’un film circule en plusieurs langues.»
J.V.: «Est-il mal vu de faire des films en français ?»
D.O.: «Non, pas particulièrement, tout dépend du type de film. Il est sûr que certaines scènes, notamment celles qui se déroulent au sein des villages, seront plus authentiques en langues africaines, mais dans le cas d’un film urbain, cela peut aller.»
J.V.: «Où peut-on voir tes films, et plus généralement des films burkinabé ?»
D.O.: «A travers le réseau associatif, à Bordeaux ou ailleurs, car il faut souligner que de nombreuses associations font la promotion du cinéma africain. Certains films sont empruntables à la Bibliothèque Mériadeck de Bordeaux. D’autre part, je signale que, depuis peu, mon documentaire sur Norbert Zongo est visible en intégralité sur le site Dailymotion (NDLR : ou sur le blog de BIBLIO – voir ci-contre dans la colonne des vidéos).»
J.V.: «Que penses-tu de Tamani, le film de Nicolas Guibert et Sébastien Gouverneur ?»
D.O.: «J’ai beaucoup aimé ce film. Il est très visuel et très musical, ce que j’apprécie. Il y a une ambiance qui s’installe et qui laisse au spectateur le temps de voir. L’absence de voix off est un choix de qualité : les images et la musique suffisent, les réalisateurs ont bien fait de ne rien ajouter.»
J.V.: «Un mot sur ton actualité de cinéaste et sur les projets à venir ?»
D.O.: «J’ai plusieurs projets en cours. Actuellement, je suis en train d’achever le montage d’un documentaire sur la lutte des femmes au Burkina Faso. Par la suite, je vais tourner un film entre le Mali et la Côte d’Ivoire, puis un autre au Brésil.»
J.V.: «Merci beaucoup pour cet entretien, Dragoss.»
Les lecteurs de BIBLIO proposeront une sélection de leurs coups de cœur sur la littérature grecque, à l’occasion de la publication du BIBLIO n°29 « Livres de Grèce », lors d’une lecture publique le mardi 13 janvier à 18h au salon de thé « Les Mots Bleus » – centre-ville de Bordeaux. Entrée libre et gratuite.
Une lecture/concert grecque a eu lieu le vendredi 12 décembre au café/concert Dibiteri (au centre-ville de Bordeaux). BIBLIO avait invité le duo de musiciens Takis Jobit (ci-dessus en photo), ainsi qu’une de leurs amies, adepte des danses grecques, à faire découvrir les rythmes envoûtants de la musique grecque… La soirée fut endiablée !
Plus d’infos sur le duo Takis Jobit en écoutant leurs chansons ci-dessous, en regardant les vidéos ci-contre et en allant sur le site http://www.takis-jobit.com
Maria Kottari, une étudiante grecque,
présente ses coups de cœur personnels.
Les lecteurs de BIBLIO proposent leurs
comptes rendus de lecture sur Nikos Kazantzakis, Yannis Ritsos, Yorgous
Ioannou, Menis Koumandareas, Vassilis Alexakis, Aris Fakinos, Takis
Théodoropoulos, Petros Markaris, Thanassis Valtinos, des livres de cuisine, ainsi
qu’une étude comparative de Z (le roman de Vassilikos et le film de
Costa-Gavras).
« Galerie de mots et
d’images »
Cédric Erraud, sélectionné parmi les
jeunes talents du festival d’Angoulême 2008, illustre une tendance du monde
contemporain avec une BD, Individualisme, qui vous fera réfléchir…
Les lecteurs de BIBLIO s’amusent à
réécrire certains mythes grecs…
« Lectures et palabres »
Seconde partie du compte rendu de nos
entretiens avec l’écrivain touareg du Niger Issouf ag Maha (à compléter dans le
n°28).
« Lectures et découvertes »
En (re)lisant Nakae Chômin, Pierre
Alciette et John Kennedy Toole.
L’écrivain français d’origine grecque Allain Glykos était l’invité de l’association BIBLIO le mercredi 19 novembre 2008, lors d’une rencontre à la Maison des Etudiants de l’université Bordeaux 3, en partenariat avec le Service Culturel de l’université Bordeaux 3, puis le jeudi 27 novembre 2008, au salon de thé/librairie « Les Mots Bleus ». 45 personnes ont assisté à ces deux rencontres.
Allain Glykos, né en 1948 à Bordeaux, est d’origine grecque par son père auquel il a consacré deux livres (Parle-moi de Manolis et Manolis de Vourla). Très actif dans la vie culturelle bordelaise, il est rédacteur en chef de la revue Les Cahiers art et science publiée par les éditions Confluences et enseigne la philosophie aux étudiants scientifiques de l’université Bordeaux 1.
Les deux rencontres portaient sur son travail et sur son dernier roman, Aller au diable, illustré ici par Olivier Pichard, qui a séduit l’association BIBLIO par sa grande originalité.
Compte rendu de lecture de Moustaph Diarra : «Aller au diable est l’histoire d’Antoine, un garçon silencieux qui observe, s’ennuie et subit parfois les moqueries des adultes. Adolescent il fait de bonnes études mais reste à la marge. Il trouve méprisables ses compagnons de classe issus de la bourgeoisie. Il ne s’intègre pas, il reste seul. A la plus grande fierté de son père qui souhaite pour son fils un avenir de médecin ou d’avocat, Antoine obtient son baccalauréat. Pour Antoine, tout ceci ne rime à rien. Il décide de tout quitter et de partir. Il part pour oublier, il quitte sa famille, son village. Antoine marche, il marche tous les jours, ne s’arrête pas. Il marche, il veut oublier tout ce qu’il a apprit dans les livres. Son seul but est de marcher et d’oublier. Dans son errance, Antoine rencontre Madeleine. D’un seul regard, elle le suit et quitte elle aussi la vie triste, tranquille et paisible qu’elle vivait entre sa mère et sa grand-mère. Madeleine suit Antoine. Elle marche derrière lui sans comprendre, elle accepte tout de lui, elle se résigne. Parfois elle essaie de percer son mystère, voudrait comprendre, savoir. Parfois elle rêve d’une vie plus tranquille, de stopper cette vie d’errance pour se poser avec lui dans une douce chaumière. Mais Antoine est son maître, il est rude, veut anéantir ce qu’il y a d’humanité en elle ; il la malmène, lui refuse l’accès aux plaisirs, se moque de ses croyances, va jusqu’à essayer de la tuer. Malgré cela, elle le suit, ils marchent pendant des années et des années.» A vous de découvrir la fin de l’histoire…
Bibliographie
Aller au diable, L’Escampette, 2007
Faute de parler, L’Escampette, 2006
Manomis de Vourla, roman jeunesse et DVD Manolis un Voyage dans le siècle, éditions Quiquandquoi, 2006
À proprement parler, L’Escampette, 2003
Le Silence de chacun, L’Escampette, 2002
Les Mémoires de l’eau, L’Escampette, 1999
La Rue Sainte-Catherine, Confluences, Bordeaux, 1999
Déjouer le silence, in Pour Al Berto, Hommages, L’Escampette, 1998
Parle-moi de Manolis, (roman), L’Escampette, 1997. Réédition en 1998. Traduction grecque en 1999
Les Lécheurs de pierre, (poésie), L’Escampette, 1995
Saint-Pierre, à propos d’un quartier de Bordeaux, Confluences, 1995
Les Boîtes, suivi de La Décision, (récits), L’Escampette, 1994
Montesquieu, hôte fugitif de La Brède, éditions Christian Pirot, 1994
Les Résidences de l’inquiétude, (nouvelles), éditions de L’Aube, 1989
Les Écailles d’argile, éditions Phalène, Périgueux, 1984
Pour plus d’infos sur l’auteur et sur sa bibliographie, consultez le blog d'Allain Glykos